La mort d’un artiste… La hausse de sa cote ?

Le marché de l’art au moment du décès d’un artiste

Voici un commentaire typique que nous entendons régulièrement : « l’artiste est mort l’an dernier. Est-ce que sa valeur a augmenté? ». Plusieurs personnes pensent à tort qu’un artiste décédé à plus de valeur qu’un artiste vivant étant donné un supposé effet de rareté.

Dans un premier temps, il faut comprendre que « l’effet de mort sur la cote » survient dans un très court délai suivant le décès puisque les journaux et médias sociaux en parlent pendant un certain temps ce qui peut attirer l’attention sur l’artiste et ainsi créer un engouement chez certains collectionneurs croyant flairer la bonne affaire . Par contre, si l’artiste n’a pas une place importante dans le monde de l’art, l’effet sera moindre ou très bref. Même chose s’il s’agit d’un artiste amateur qui a inondé le marché de ses paysages tout au long de sa carrière. S’il a produit plus de 10 000 œuvres représentant plus ou moins le même sujet, il n’y aura aucun effet de rareté même à son décès!

On remarque également qu’au moment de la mort d’un artiste, plusieurs amateurs et collectionneurs tentent de vendre leurs œuvres croyant faire des sous. Cela a pour effet d’inonder le marché d’œuvres disponibles et donc de faire baisser la cote de l’artiste. Sans parler des ventes d’ateliers qui peuvent noyer le marché d’œuvres de plus ou moins bonnes qualités. Dans ce type de vente, on remarque la présence de plusieurs acheteurs plus ou moins sérieux qui achètent n’importe quoi signé par l’artiste. Pendant les quelques années suivant la vente, ces mêmes acheteurs revendent leurs oeuvres espérant faire du profit.

Dans leur dernier livre intitulé The economics of American Art les professeurs Ekelund, Jackson et Robert D. Tollison ont analysé les résultats de vente de dix-sept artistes américains importants pour en arriver à la conclusion qu’il y avait une hausse constante d’environ 6% durant les cinq dernières années de la vie d’un artiste puis une baisse importante d’environ 25% au moment de son décès. Ceci nous laisse croire que les collectionneurs ont acheté les œuvres sachant que l’artiste allait mourir dans un court délai pensant sans doute faire quelques dollars au moment de son décès. Ils n’ont malheureusement pas réussi leur coup!

Cela s’explique facilement lorsque l’on comprend ce qui influe la valeur d’une œuvre d’art :

  • L’importance de l’artiste
  • L’importance de l’œuvre dans la carrière de l’artiste
  • La réception critique de l’œuvre
  • La représentation de l’artiste dans certaines galeries
  • Le sujet, le style, le format, la condition. Le médium
  • La rareté
  • L’offre et la demande

Tous ses éléments déterminent le prix d’une œuvre d’art tant sur le marché primaire que secondaire. Plus une œuvre est rare et exceptionnelle, plus elle sera vendue chère. Par exemple, les grandes huiles sur toile de Jean-Paul Riopelle des années cinquante peuvent atteindre le million de dollars alors que ses huiles des années 70 et 80 font beaucoup moins chères. Le style d’un artiste change souvent durant sa carrière. Au fil des années, certaines périodes plus intéressantes deviendront plus recherchées par les collectionneurs. Comme ces périodes sont souvent très courtes (de quelques mois à quelques années) cela crée un effet de rareté et fait augmenter les prix même si l’artiste est encore vivant. Cet effet de rareté a pu être observé dernièrement alors qu’une œuvre de Leonard de Vinci s’est vendue 450 millions de dollars. L’œuvre n’était par exceptionnelle par sa beauté ou son sujet mais elle était incroyablement rare et plusieurs se sont battus pour l’obtenir.

Bien que la plupart des bulles explosent, il est vrai que pour certains artistes populaires chez le grand public peuvent prendre de la valeur suite au décès de l’artiste. C’est le cas de Johanne Corneau, mieux connue sous le nom de Corno. En effet, suite à son décès, on a pu remarquer une hausse de 25 à 50% tant sur le marché primaire que secondaire. Est-ce un feu de paille ou un phénomène qui va durer dans le temps? c’est à voir et difficile à prévoir. Les prix risquent assurément d’augmenter mais de façon beaucoup moins spectaculaires au cours des prochaines années. L’artiste est appréciée internationalement et recherchée.

Ce n’est pas ce qui s’est produit avec l’artiste Muriel Millard. En 2014, au moment de son décès, le Journal de Montréal  mentionnait que les prix pourraient grimper. Malheureusement pour les collectionneurs, il n’y a pas eu de hausse de prix. D’ailleurs, les prix étaient en chutes libres dans les années précédents son décès par manque d’intérêt du public en général.

En conclusion, n’espérez par payer votre retraite en vendant votre collection d’œuvre d’art au moment du décès des artistes. Vous pourriez être bien déçu du rendement obtenu.